Dans cet article, nous allons nous concentrer sur la réalité métaphysique qui
sous-tend aussi bien notre existence que tous les phénomènes que nous pouvons
observer. Il s'agit d'une notion essentielle pour comprendre l'origine du mécanisme universel, sa raison d'être et son fonctionnement.
J'ai bien conscience que la majorité de mes lecteurs sont plutôt intéressés par le décodage ésotérique, numérique et symbolique des événements médiatiques mondiaux, surtout sous l'angle d'un grand mystère à résoudre, nous continuerons de le faire par la suite car c'est important, mais nous ne pourrons pas comprendre ni dépasser ce domaine si nous restons uniquement concentrés sur l'analyse de ses manifestations extérieures. Ce n'est qu'une fois la théorie exposée (au sens primitif du mot théorie: observation, contemplation) que nous pourrons aller plus loin dans la compréhension du décodage des phénomènes.
Qui dit format blog dit format court et concis, nous irons donc à l'essentiel dans un esprit de synthèse tout en évitant les formulations compliquées qui pourraient brouiller le propos.
Bonne lecture
Metaphi
A. Du Principe originel
Dans un non temps (un éternel présent sans durée) et un non espace, sans dimensions, indescriptible par une quelconque formule affirmative, se trouve l'Incommunicable, l'Insondable, l'Impérissable, le Puits sans fond, l'Inconditionné, Celui en quoi sont consignées toutes les possibilités d'être et de non-être, fondues mais non confondues, perpétuellement.
Cet incommunicable, qui est "ni ceci ni cela" (cf. Maître Eckhart) est Absolu, Infini et Parfait. Absolu en tant que cœur métaphysique fait de pure indétermination qualitative. Infini par son "expansion" non spatialisée (nous parlons ici de l'infini métaphysique, qui est sans étendue ni quantité, contrairement à l'infini des scientifiques) et Parfait par sa plénitude sans fin, rien ne pouvant lui être ajouté ni retiré, il est entier, achevé, complet, indivisible, non modifiable et sans changements.
Ce qui est absolu ne peut souffrir d'aucun manque ni être limité par quoi que ce soit d'extérieur à lui-même, sans quoi il ne serait plus absolu. La même remarque s'applique pour ce qui est infini et par extension parfait, car qui dit imperfection dit manque de quelque chose, que ce soit de rectitude, de beauté, de proportion juste, ce qui n'est pas concevable pour ce qui ne manque de rien et ne peut être limité par rien.
Certaines traditions donnent à ce Principe suprême d'autres attributs, parfois même en plus grand nombre, comme les 99 noms d'Allah (al-asmā’ al-ḥusnā), mais l'idée reste fondamentalement la même: il est le divin possesseur de toutes les qualités possibles et donc de toute beauté possible, de tout amour, de tout bien, le Dieu Unique et sa propre source, l'Immuable Eternel (nous reviendrons plus loin sur la notion du mal et du laid qui semble s'y opposer en apparence).
Alors, pourquoi un "tout éternel" au lieu d'un "néant éternel" ? Si seul le néant total avait pu demeurer perpétuellement, rien n'aurait jamais pu en sortir puisque rien n'a la possibilité de sortir de rien. Nous n'aurions donc pas pu exister et le néant n'aurait rien pu produire. Nous ne pouvons pas non plus dire que tout est sorti du néant quelque part dans le temps puisque cela reviendrait à dire que le rien contenait le tout, ce qui est absurde. Le rien ne peut contenir que du rien. De plus, le néant étant une limitation de type impossibilité totale de quoi que ce soit, cette restriction négative s'appliquerait à lui-même et l'annulerait paradoxalement puisque comme l'indiquent si bien les mathématiques élémentaires, moins par moins fait toujours plus.
Le néant absolu et total est en fait la seule et unique
impossibilité métaphysique. A noter que le néant dont nous parlons ici n'est
pas à confondre avec la vacuité des bouddhistes (Śūnyatā) que Maître Eckhart ne fait que décrire à travers ces mots: "Toutes créatures sont un limpide néant. Je
ne dis pas qu’elles sont petites ou sont quelque chose : elles sont un limpide
néant. Ce qui n’a pas d’être, cela est néant. Toutes les créatures n’ont pas
d’être, car leur être tient à la présence de Dieu. Dieu se détournerait-il un
instant de toutes les créatures, elles deviendraient néant" (Sermon 4).
Note: ici se dessine une première occasion de réfuter nombre de croyances modernes, notamment celles qui consistent à dire que le Principe éternel, Dieu, expérimente le monde pour progresser et évoluer sans cesse, certains ajoutant même que des éléments extérieurs comme le démiurge des pseudo gnostiques l'empêcheraient de progresser en emprisonnant nos âmes, ce qui est un non-sens évident compte tenu de ce que nous venons déjà d'indiquer. Rien ne peut lui être ajouté ni retiré, il ne dépend de rien, est éternellement réalisé et n'est susceptible d'aucune modification, d'aucune évolution, d'aucun changement ni progrès dans son immutabilité éternelle.
B. De la première contingence
Le Principe éternel, Dieu, possède obligatoirement l'infinie possibilité pour les raisons que nous venons d'indiquer, c'est pourquoi il ne peut être condamné au silence éternel dans un état de non-manifestation perpétuel, il doit aussi se manifester selon toutes les modalités et combinaisons possibles, du centre immuable de lui-même (pur zéro métaphysique) jusqu'aux confins de la multiplicité des formes et apparences sensibles possibles dont il dispose (l'unité métaphysique, dont le fameux "Grand Tout" des "spirituels" actuels est aussi réel que ce que Maître Eckhart nous décrit comme étant un "pur néant").
Ainsi naissent les mondes et les univers par projection de Dieu, du plus intérieur de sa divinité (le cœur, le centre, le fixe) au plus extérieur (le corps, la circonférence, le mouvement), non pas dans un moment temporel précis, mais bien dans la simultanéité de l'éternel présent. La formule biblique "Au commencement était le Verbe", de même que celui des contes "Il était une fois", désigne un instant sans durée, perpétuel, définitif nous indique Ananda K Coomaraswamy dans son ouvrage Hindouisme et Bouddhisme.
L'impérissable Principe, qui est ni être ni non-être, contient ces deux possibilités primordiales en lui-même, d'abord le non-être, qui est bien sûr ce qui se rapproche le plus de sa plénitude incréée contenant tout, puis l'être, qui n'en est qu'un aspect secondaire formel limité et ordonné selon certaines possibilités contenues dans ce même non-être.
Ces deux états primordiaux, inégaux puisque les possibilités relatives au non-être sont infiniment plus vastes que celles de l'être, le premier étant le principe du second, sont représentés au sein de tout domaine d'existence quel qu'il soit par le vide et le plein apparents (on remarquera d'ailleurs que le vide de notre univers semble infiniment plus vaste que les formes pleines qui s'y trouvent, ce qui est conforme au rapport qu'entretient l'être avec le non-être), le yin et le yang, le 0 et le 1, la femme et l'homme et ainsi de suite.
Il faut bien insister sur le fait que le cœur métaphysique de la divinité demeure éternellement non manifesté, immobile et silencieux puisqu'il contient toute chose à l'état d'essence pure non dissociée ni manifestée, ce qui n'empêche pas qu'il soit le centre et la circonférence et ni l'un ni l'autre à fois de chaque monde créé, situé "ici" et "nulle part" tout en même temps.
Luc 17:21: On ne dira point: Il est ici, ou: Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous.
C. Naissance et mouvement
Dans de nombreux mythes, la naissance du monde est permise par la venue d'un libérateur qui tue le monstre aux innombrables têtes, le découpe puis utilise son corps et son sang pour former l'univers. C'est ainsi que Marduk tue Tiamat et utilise son corps pour créer le ciel et la terre, qu'Ouranos qui retenait ses enfants enfermés dans Gaïa est émasculé par Cronos pour que ceux-ci puissent sortir, de même le géant primordial Ymir est-il tué par Odin et ses deux frères pour que soit créé le monde avec son corps. Chez les aztèques, Quetzalcoatl et Tezcatlipoca combattent le monstre Cipactli, le tuent et forment la terre avec ses morceaux. Nous retrouvons même le mythe en Chine, où Pan Gu, né dans un oeuf cosmique, sépare le ciel et la terre puis meurt afin que de son corps soit créé le monde. N'oublions pas aussi la genèse où Dieu sépare la lumière des ténèbres, les eaux supérieures de celles inférieures et ainsi de suite pour créer toute chose.
Ce qu'il faut comprendre, toujours en simplifiant pour permettre de
transmettre l'idée générale, c'est que le noyau métaphysique de la divinité
suprême, ni être ni non-être, n'étant susceptible d'aucune manifestation ni
d'aucun mouvement, ordonne par le rayonnement de sa toute possibilité (le libérateur) le
non-être, le réservoir sans fond contenant toute chose (le Dieu retenant captif ses enfants) afin que l'être et les
mondes puissent en sortir (devenir tangibles, conscientisables, perceptibles
par lui-même en lui-même).
Par cette action inévitable mais sans agir (car il ne fait rien d'autre que rayonner sa propre nature et s'y conformer, cf. le Wuwei chinois), le non-être "passif" est mis en mouvement et s'ordonne par la force irrépressible "active" du rayonnement divin, et ainsi naît la lumière cosmique où chaque chose prend une forme définie (un "nom" selon sa fonction) et se positionne selon sa possibilité propre.
Par cette action inévitable mais sans agir (car il ne fait rien d'autre que rayonner sa propre nature et s'y conformer, cf. le Wuwei chinois), le non-être "passif" est mis en mouvement et s'ordonne par la force irrépressible "active" du rayonnement divin, et ainsi naît la lumière cosmique où chaque chose prend une forme définie (un "nom" selon sa fonction) et se positionne selon sa possibilité propre.
Le chaos originel est donc ordonné et mis en forme mais doit encore se produire une étape essentielle pour que les créatures puissent prendre vie et
conscience: Dieu doit faire pénétrer son propre souffle, autrement dit son Esprit, au
sein même de ce tout créé. En faisant cela, il se sacrifie lui-même et "chute" dans la multiplicité des êtres qui, en ouvrant les yeux, s'identifient désormais non plus comme la divinité incarnée qu'ils sont, mais comme des êtres différenciés à part entière. Ainsi naît l'existence.
Genèse 2:7: "L'Eternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant."
Ce que nous venons d'indiquer là est toujours à comprendre comme une simultanéité où les états les plus élevés et primordiaux, les plus proches du centre suprême, coexistent en même temps que les états les plus inférieurs et éloignés, quelles que soient les apparences temporelles que provoquent les possibilités universelles réalisables en mode successif uniquement.
D. D'où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous ?
La réponse à ces célèbres questions est simple: métaphysiquement parlant, nous venons de nulle part, nous ne sommes rien (Dieu n'étant ni un vide ni un quelque chose) et nous n'allons nulle part. Il n'y a pas de but à l'existence autre que celui d'exister, d'exprimer la divinité et de réaliser dans le mouvement et la succession (qui est une modalité de notre existence) les indéfinies possibilités offertes aux formes conditionnées qui sont les nôtres.
Nous sommes uniquement ce que nous pouvons être et faisons ce que nous pouvons faire, c'est tout. Dans l'ordre total, chacun est à la place qui lui convient, à la fois en miroir de cet éternellement réalisé fixe et en action dans le changement perpétuel des possibilités qui conditionnent notre état. C'est valable pour tous les êtres sur tous les plans d'existence possibles.
Vous l'avez compris, il n'y a donc en réalité qu'une seule conscience, celle de Dieu à travers les êtres "divisés dans la chair". En revêtant la forme de cet animal, de cette plante ou de cet Homme, la conscience universelle divine "s'habille" de l'objet qu'elle projette et devient celui-ci, car toute modification de l'être universel s'accompagne aussi nécessairement d'une modification de la conscience associée.
Autrement dit, nous sommes la conscience divine de l'être universel (le non-être n'étant susceptible d'aucune conscience, je le rappelle, le divin le traverse et l'ordonne pour devenir conscience d'être), ici pour vous en mode "je suis telle personne avec tel nom sous telle forme et je lis tel texte". De là l'insistance de nombreuses traditions pour la compréhension libératrice de cette vérité que "je ne suis pas cet individu qui pense et observe en réalité, mais la conscience universelle qui s'identifie et se conditionne en tant que cet individu qui pense et observe". Prendre pleinement conscience de cela, c'est déjà faire un grand pas vers le retour au Soi inconditionné (l'être pur qui précède analogiquement toute modification extérieure) et vers la fameuse "sortie de la matrice" ou empire du démiurge.
Comme le rappelait aussi Coomaraswamy dans son ouvrage Hindouisme et Bouddhisme, à propos de celui qui a réintégré cette vérité du Soi inconditionné: "Délivré de lui-même et de toutes conditions, de tous devoirs et de tous droits, il est devenu Celui qui se meut à son gré (kâmachârî) comme l'Esprit (Vâyu, âtmâ dêvânâm) qui « va où il veut » (yathâ vasham charati), n'étant plus, comme le dit saint Paul, « sous la loi ». Tel est le désintéressement surhumain de ceux qui ont trouvé leur Soi: « Je suis le même dans tous les êtres et il n'en est aucun que j'aime, aucun que je haïsse ». Telle est la liberté de ceux qui ont rempli les conditions exigées par le Christ de ses disciples, à savoir de haïr leur père et leur mère et pareillement leur propre « vie » terrestre." Et de continuer plus loin: "ceux qui ne se sont pas connus eux-mêmes ne seront délivrés ni maintenant ni jamais, et « grande est la ruine » de (ceux qui sont ainsi) victimes de leurs propres sensations".
En effet, le Christ indique bien en Luc 14:26: "Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple" car aimer les formes accidentelles passagères et temporaires de la divinité condamne à la souffrance de la perte et à la mort. Le Christ, étant identique à l'être universel inconditionné, pût donc dire que "nul ne vient au Père que par moi" (Jean 14-6), car il est le Père lui-même.
Note: c'est précisément ici que réside l'erreur réincarnationniste, qui croit que la conscience d'une personne peut se réincarner en une autre et avoir ainsi plusieurs vies terrestres. C'est une impossibilité à la fois logique et métaphysique. Lorsqu'un être meurt, la conscience universelle qui s'identifiait comme étant cet être là (comme elle le fait en tous les êtres à chaque instant) peut, au choix, soit perdurer en migrant vers d'autres modalités situées dans la continuité de l'état humain, on parle alors de transformation au sens étymologique du mot ou de transmigration, notamment pour que puissent se réaliser les possibilités inhérentes aux états posthumes (et comme l'indiquait Sankarâchârya, "En vérité il n’y a pas d’autre Transmigrant que le Seigneur"), soit cette conscience particularisée de la conscience universelle, ayant réalisé sa pleine raison d'être, n'a pas l'utilité ni la possibilité d'aller plus loin et cesse. Ce faisant, en ayant atteint sa fin dernière, elle coïncide de nouveau avec son origine, redevenant ainsi ce qu'elle a toujours été en vérité et sera toujours: la conscience universelle elle-même, sans forme particulière ni but précis, omnisciente, partout et nulle part à la fois, dans la plénitude de ce qu'elle est principiellement. C'est là le sens de la libération du samsara et des cycles de mort et naissance. Ajoutons pour éviter certaines équivoques qu'avant l'état humain, l'être individuel a aussi très bien pu traverser une multitude d'autres états et conditions non terrestres avant d'en arriver à celui humain, chacun délimité par une naissance et une mort, toujours dans une continuité logique qui ne permet aucun retour en arrière. La possibilité universelle dans son ensemble est une "continuité déjà réalisée" qui ne se limite pas à un éternel retour dans un état relatif déjà accompli, que ce soit dans l'ordre successif ou à plus forte raison dans la simultanéité.
E. Du trésor initiatique
Entrons maintenant dans le symbolisme initiatique général, toujours le plus simplement possible, sans partir dans un jargon compliqué autrement que pour remettre dans leur contexte certaines données abordées sur le blog.
Selon le postulat universel, il y a d'un côté le monde cosmologique que nous connaissons tous, basé sur les sens, les sensations, les ressentis et l'interaction avec des choses extérieures à nous-même, domaine de la mort, et de l'autre, le monde suprahumain, transcendant, lumineux, vivant, qui sous-tend la réalité de tout ce que nous pouvons percevoir.
Ensuite, nous indique le grand récit millénaire, un élément perturbateur va soudainement intervenir pour forcer la conscience individuelle, d'abord tournée vers les illusions passagères du monde cosmologique, à revenir vers la vérité de sa réalité suprahumaine et transcendante, seule réalité invariable et immortelle. L'Esprit universel, conscience divine unique, en s'incarnant en toute chose susceptible de vie, est comme plongé dans un rêve à travers l'égo de chacune des créatures illusoires qu'il anime. Alors qu'elles étaient d'abord consignées et prisonnières en lui, le voilà prisonnier en elles. Comment dès lors se souvenir, se rappeler de la vérité de ce qu'il est ?
C'est ici qu'intervient le récit initiatique, qui sous les diverses formes qu'il a pu prendre à travers les âges, indique invariablement que sous la terre, autrement dit derrière le voile des apparences de l'égo et du monde extérieur, se trouve la cité suprême perdue, le graal, l'Agartha, l'Arcadie, la Terre creuse aux "mille merveilles", l'Atlantide engloutie, le trésor caché par les gardiens de la terre sainte, le VITRIOL, la belle princesse endormie et retenue prisonnière dans un cachot sous une tour par un père terrible et un dragon qui refuse d'y laisser pénétrer quelque élément de mortalité que ce soit.
En effet, toute personne qui ne s'identifie qu'à son individualité propre, à son égo, à son "moi je" psychique, mental et corporel, ne peut avoir accès à la connaissance sacrée du Soi véritable, du Seul et Unique transmigrant. C'est ce que l'initiation propose de corriger, en ramenant la conscience de l'individu à sa condition première, initiale (d'où le mot initiation), au plus proche du centre primordial, là où se trouve notre origine supra-individuelle coéternelle, le Soi inconditionné avant que ne se soient constitués les corps et les individualités.
La réponse à ces célèbres questions est simple: métaphysiquement parlant, nous venons de nulle part, nous ne sommes rien (Dieu n'étant ni un vide ni un quelque chose) et nous n'allons nulle part. Il n'y a pas de but à l'existence autre que celui d'exister, d'exprimer la divinité et de réaliser dans le mouvement et la succession (qui est une modalité de notre existence) les indéfinies possibilités offertes aux formes conditionnées qui sont les nôtres.
Nous sommes uniquement ce que nous pouvons être et faisons ce que nous pouvons faire, c'est tout. Dans l'ordre total, chacun est à la place qui lui convient, à la fois en miroir de cet éternellement réalisé fixe et en action dans le changement perpétuel des possibilités qui conditionnent notre état. C'est valable pour tous les êtres sur tous les plans d'existence possibles.
Vous l'avez compris, il n'y a donc en réalité qu'une seule conscience, celle de Dieu à travers les êtres "divisés dans la chair". En revêtant la forme de cet animal, de cette plante ou de cet Homme, la conscience universelle divine "s'habille" de l'objet qu'elle projette et devient celui-ci, car toute modification de l'être universel s'accompagne aussi nécessairement d'une modification de la conscience associée.
Autrement dit, nous sommes la conscience divine de l'être universel (le non-être n'étant susceptible d'aucune conscience, je le rappelle, le divin le traverse et l'ordonne pour devenir conscience d'être), ici pour vous en mode "je suis telle personne avec tel nom sous telle forme et je lis tel texte". De là l'insistance de nombreuses traditions pour la compréhension libératrice de cette vérité que "je ne suis pas cet individu qui pense et observe en réalité, mais la conscience universelle qui s'identifie et se conditionne en tant que cet individu qui pense et observe". Prendre pleinement conscience de cela, c'est déjà faire un grand pas vers le retour au Soi inconditionné (l'être pur qui précède analogiquement toute modification extérieure) et vers la fameuse "sortie de la matrice" ou empire du démiurge.
Comme le rappelait aussi Coomaraswamy dans son ouvrage Hindouisme et Bouddhisme, à propos de celui qui a réintégré cette vérité du Soi inconditionné: "Délivré de lui-même et de toutes conditions, de tous devoirs et de tous droits, il est devenu Celui qui se meut à son gré (kâmachârî) comme l'Esprit (Vâyu, âtmâ dêvânâm) qui « va où il veut » (yathâ vasham charati), n'étant plus, comme le dit saint Paul, « sous la loi ». Tel est le désintéressement surhumain de ceux qui ont trouvé leur Soi: « Je suis le même dans tous les êtres et il n'en est aucun que j'aime, aucun que je haïsse ». Telle est la liberté de ceux qui ont rempli les conditions exigées par le Christ de ses disciples, à savoir de haïr leur père et leur mère et pareillement leur propre « vie » terrestre." Et de continuer plus loin: "ceux qui ne se sont pas connus eux-mêmes ne seront délivrés ni maintenant ni jamais, et « grande est la ruine » de (ceux qui sont ainsi) victimes de leurs propres sensations".
En effet, le Christ indique bien en Luc 14:26: "Si quelqu'un vient à moi, et s'il ne hait pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple" car aimer les formes accidentelles passagères et temporaires de la divinité condamne à la souffrance de la perte et à la mort. Le Christ, étant identique à l'être universel inconditionné, pût donc dire que "nul ne vient au Père que par moi" (Jean 14-6), car il est le Père lui-même.
Note: c'est précisément ici que réside l'erreur réincarnationniste, qui croit que la conscience d'une personne peut se réincarner en une autre et avoir ainsi plusieurs vies terrestres. C'est une impossibilité à la fois logique et métaphysique. Lorsqu'un être meurt, la conscience universelle qui s'identifiait comme étant cet être là (comme elle le fait en tous les êtres à chaque instant) peut, au choix, soit perdurer en migrant vers d'autres modalités situées dans la continuité de l'état humain, on parle alors de transformation au sens étymologique du mot ou de transmigration, notamment pour que puissent se réaliser les possibilités inhérentes aux états posthumes (et comme l'indiquait Sankarâchârya, "En vérité il n’y a pas d’autre Transmigrant que le Seigneur"), soit cette conscience particularisée de la conscience universelle, ayant réalisé sa pleine raison d'être, n'a pas l'utilité ni la possibilité d'aller plus loin et cesse. Ce faisant, en ayant atteint sa fin dernière, elle coïncide de nouveau avec son origine, redevenant ainsi ce qu'elle a toujours été en vérité et sera toujours: la conscience universelle elle-même, sans forme particulière ni but précis, omnisciente, partout et nulle part à la fois, dans la plénitude de ce qu'elle est principiellement. C'est là le sens de la libération du samsara et des cycles de mort et naissance. Ajoutons pour éviter certaines équivoques qu'avant l'état humain, l'être individuel a aussi très bien pu traverser une multitude d'autres états et conditions non terrestres avant d'en arriver à celui humain, chacun délimité par une naissance et une mort, toujours dans une continuité logique qui ne permet aucun retour en arrière. La possibilité universelle dans son ensemble est une "continuité déjà réalisée" qui ne se limite pas à un éternel retour dans un état relatif déjà accompli, que ce soit dans l'ordre successif ou à plus forte raison dans la simultanéité.
E. Du trésor initiatique
Entrons maintenant dans le symbolisme initiatique général, toujours le plus simplement possible, sans partir dans un jargon compliqué autrement que pour remettre dans leur contexte certaines données abordées sur le blog.
Selon le postulat universel, il y a d'un côté le monde cosmologique que nous connaissons tous, basé sur les sens, les sensations, les ressentis et l'interaction avec des choses extérieures à nous-même, domaine de la mort, et de l'autre, le monde suprahumain, transcendant, lumineux, vivant, qui sous-tend la réalité de tout ce que nous pouvons percevoir.
Ensuite, nous indique le grand récit millénaire, un élément perturbateur va soudainement intervenir pour forcer la conscience individuelle, d'abord tournée vers les illusions passagères du monde cosmologique, à revenir vers la vérité de sa réalité suprahumaine et transcendante, seule réalité invariable et immortelle. L'Esprit universel, conscience divine unique, en s'incarnant en toute chose susceptible de vie, est comme plongé dans un rêve à travers l'égo de chacune des créatures illusoires qu'il anime. Alors qu'elles étaient d'abord consignées et prisonnières en lui, le voilà prisonnier en elles. Comment dès lors se souvenir, se rappeler de la vérité de ce qu'il est ?
C'est ici qu'intervient le récit initiatique, qui sous les diverses formes qu'il a pu prendre à travers les âges, indique invariablement que sous la terre, autrement dit derrière le voile des apparences de l'égo et du monde extérieur, se trouve la cité suprême perdue, le graal, l'Agartha, l'Arcadie, la Terre creuse aux "mille merveilles", l'Atlantide engloutie, le trésor caché par les gardiens de la terre sainte, le VITRIOL, la belle princesse endormie et retenue prisonnière dans un cachot sous une tour par un père terrible et un dragon qui refuse d'y laisser pénétrer quelque élément de mortalité que ce soit.
En effet, toute personne qui ne s'identifie qu'à son individualité propre, à son égo, à son "moi je" psychique, mental et corporel, ne peut avoir accès à la connaissance sacrée du Soi véritable, du Seul et Unique transmigrant. C'est ce que l'initiation propose de corriger, en ramenant la conscience de l'individu à sa condition première, initiale (d'où le mot initiation), au plus proche du centre primordial, là où se trouve notre origine supra-individuelle coéternelle, le Soi inconditionné avant que ne se soient constitués les corps et les individualités.
La contre-initiation au contraire, c'est l'occasion de l'évoquer, cherchera à
enfermer l'individu toujours plus profondément dans son égo temporaire illusoire, son "moi je",
jusqu'aux éléments les plus épars et chaotiques de son psychisme et
subconscient personnel, tandis que les symboles universels, reflets de la pure
lumière, sont pernicieusement transformés en symboles personnels qui ne
reflètent plus que l'égo en vue de renforcer l'illusion et de constituer ce
que René Guénon nommait la contre-tradition, parodie de la vraie Science
Traditionnelle. C'est ce que fait l'élite autoproclamée d'aujourd'hui qui
reprend les symboles à son compte, croyant qu'ils leur appartiennent et les
désignent et en privant les populations du savoir originel qu'ils craignent (car libérateur) ou ignorent et
dédaignent tant pour pouvoir rester au pouvoir.
L'égo, nous dit encore le récit universel, qui premièrement a tué la divinité (au sens figuré bien entendu car celle-ci ne peut mourir) doit maintenant être tué à son tour pour qu'elle puisse sortir de son sommeil et ouvrir les yeux (l'oeil du cœur et celui du 3e oeil). Le chaos apparent du monde des apparences et de la multiplicité redevient alors le terrain de jeu de la divinité unique qui peut, une fois éveillée en nous, voir à travers nos yeux et nous diriger selon sa propre droiture et rectitude. L'égo est transformé et se met à brûler pour Dieu.
"Mourrez avant que vous ne mourriez" indique un célèbre Hadith.
"L'oeil dans lequel je vois Dieu, est le même oeil dans lequel Dieu me voit.
Mon oeil et l'oeil de Dieu sont un seul et même oeil, une seule et même
vision, une seule et même connaissance, un seul et même amour" pouvait aussi
dire Maître Eckhart, tout en nous mettant en garde: "La spiritualité ne
s'apprend pas en fuyant le monde, ou en fuyant les choses, ou en devenant
solitaire et en s'éloignant du monde. Au contraire, nous devons apprendre une
solitude intérieure où que nous soyons et avec qui que ce soit. Il faut
apprendre à pénétrer les choses et y trouver Dieu". Voilà tout l'objectif de l'initiation.
F. Aspect symbolique
Le domaine des apparences et des sensations qui est le nôtre est associé à la Lune, à la Terre et au féminin du monde, à la "matrice" qui constitue un voile superposé à notre état "solaire" originel et éternel. C'est là le pouvoir redoutable de la Maya, qui est à la fois une expression divine nécessaire (elle ne fait comme la Lune que refléter via son propre prisme de réflexion le Soleil, le Soi divin, traduit en lumière cosmique afin que s'expriment les possibilités de cet état) et un lieu de captivité pour nos âmes endormies (les âmes sont les essences de l'être universel illusoirement "divisé").
Tout néophyte des traditions anciennes devait mourir à son égo pour renaître à l'égo divin, redevenir le fameux "Je Suis" biblique, celui de la formule "Et In Arcadia Ego" ("même en Arcadie je suis"), le même que désigne le Christ en disant "Avant Abraham, je fus". Jadis, il fallait donc rejoindre physiquement le monde de sous terre, figuré par la grotte, la caverne, le labyrinthe, l'enfer, la cave, le cachot, le ventre de la baleine, la ville souterraine, le continent perdu des origines et ainsi de suite, s'y enfermer, pour ensuite revenir au monde extérieur avec les yeux de la divinité ouverts. Ce domaine souterrain est toujours situé directement sous l'axe du monde, qu'il faut voir comme le rayon qui émane du centre suprême et dont la vie émane à son tour de cette "colonne de lumière" jusqu'au domaine le plus extérieur.
L'axe du monde, nous l'avons vu, est représenté par la tour, la lance, la flèche, l'obélisque, le menhir, le poteau sacrificiel, la montagne, l'échelle, la colonne vertébrale, les chakrams et ainsi de suite. Rejoindre le centre de l'axe sous la terre ou au sommet de la montagne (ce qui revient à rejoindre aussi le centre de l'axe) revient à revenir à la source de projection de notre plan d'existence où s'obtient la "vision parfaite" et où est retrouvé le sens d'unité et d'éternité.
L'un des symboles les plus importants pour concevoir la réalité métaphysique est celui de la circonférence d'une roue mouvante par rapport à son moyeu, son centre. Tout ce qui se trouve sur cette circonférence (qui est la projection extérieure formelle d'un intérieur informel) varie, bouge, change, naît, meurt, se déplace, c'est le domaine de la mort et renaissance perpétuelle que les hindous désignent par le nom de samsara (qui n'a toujours rien à voir avec la réincarnation terrestre). Ce domaine du changement est aussi celui de la souffrance puisqu'il produit pour l'individu la sensation, le besoin, la solitude, la perte, la confrontation, la blessure, l'action hésitante, l'erreur personnelle et ainsi de suite, même si l'être universel invariable intérieur n'est pas concerné par ces modifications extérieures de l'être.
G. Quelques précisions pour terminer
J'aimerais pour finir cet article préciser certaines choses et corriger quelques erreurs actuelles. La première c'est que oui, la création a un début et une fin. Ce qui n'en a pas, c'est le pouvoir créateur du Principe universel qui ne peut s'empêcher de créer sans cesse, de rayonner, mais toute forme créée, fût-elle un univers entier, a un début et une fin aussi bien spatiale que temporelle. Tout ce qui est périssable, modifiable par le temps, en mouvement, a un début et une fin et appartient à la mort. Par contre, si nous prenons l'exemple de notre univers, lorsqu'il mourra, comme c'est le cas pour n'importe quel corps, l'Esprit Universel n'aura fait qu'orienter son regard vers une autre forme de réalité nécessaire à sa contemplation et manifestation.
Ensuite, il faut bien comprendre que notre univers n'est pas infini mais indéfini pour cette même raison, c'est-à-dire qu'il s'étend (est défini) jusque là où nous pouvons aller et regarder, au-delà de quoi il reste indéfini et sans objet. Ce que nous ne pouvons atteindre est non-être, informel, ou ce qu'on pourrait nommer d'un point de vue physique du "vide-plein indéterminé". Le vide n'est qu'un symbole du non-être dont l'apparente absence est une représentation, mais nous l'avons vu, il est tout sauf vide puisqu'il contient tout l'être en puissance et toutes les possibilités qui le transcendent (se réalisent sans nécessité de se manifester) et qui sont infiniment plus que ce que peut manifester l'être par lui-même uniquement et dans le temps. L'initiation vise aussi à comprendre cette interpénétration perpétuelle du non-être dans l'être et vice versa.
Si aucune conscience n'observe la Lune, elle redevient onde uniquement, nous disent certains. C'est exactement la même idée, aussitôt le regard se tourne vers la Lune, aussitôt elle existe. Est-ce que cela veut dire qu'elle disparaît complètement si personne ne la regarde ? Non, elle existe simplement "autrement", indéterminée et déterminée à la fois mais sa présence n'est pas effacée pour autant. C'est comme un poteau dans la rue qu'on peut percuter si l'on n'y prête pas attention, en entrant en contact avec lui, il se manifeste aussitôt à nous car il est bien localisé là où il est dans le temps et l'espace qui est le nôtre, même s'il passe dans un autre état substantiel tant qu'il n'est pas observé. Ce poteau, lorsqu'il est retiré et détruit, laisse place à un apparent vide et redevient ainsi non-être, "non nommé", tandis que l'espace qu'il occupait redevient un lieu d'autres manifestations possibles.
Concernant la question du laid et du mal, cela résulte de l'imperfection des choses relatives. Il n'y a aucun laid ni mal en la divinité suprême, pas même en tant que principe. Par contre, le mal existe véritablement pour les créatures et leur perception extérieure. Pour elles, le mal est bien une réalité et le laid existe tout autant.
Le mot "mal" désigne bien ici celui qui mène vers le vide
abyssal de l'âme plutôt que vers le plein divin, ou même qui simplement
provoque la ruine, la douleur et le désordre. Seule la vision parfaite
éternelle non divisée dans la chair permet d'anéantir le mal car il détruit la
séparativité responsable de sa relative existence, tandis qu'il sera toujours
plus prononcé à mesure qu'on entrera dans la différenciation, la multiplicité
et la limitation des choses, jusqu'au point où se situe la pure destruction.
Une autre erreur moderne à corriger est celle qui consiste à dire que les astres dirigent ou influencent les Hommes. En réalité, ni les Hommes ni les astres ne s'influencent entre eux car tous deux sont dirigés par une seule et même chose. C'est la raison pour laquelle il y a une telle correspondance entre les astres et les vies humaines et c'en est d'ailleurs la seule raison valable. Même l'astrologie, selon cette vision, doit nous permettre de retrouver notre unité première et c'est encore un piège de l'égo que celui de dire que tels astres m'ont fait avoir tel comportement.
Enfin, dernière considération, le principe universel ayant la possibilité de se manifester selon une indéfinité d'états et de manières différentes, nous retrouverons la trace de lui-même et de sa perfection aussi bien dans les principes derrière les formes physiques (espèces, structure, éléments etc.) que dans les cycles cosmiques et humains, les données mathématiques, numériques, symboles, astrologiques comme nous venons de le voir, personnels, calendaires et ainsi de suite, tout étant en parfaite unité et correspondance.
Enfin, dernière considération, le principe universel ayant la possibilité de se manifester selon une indéfinité d'états et de manières différentes, nous retrouverons la trace de lui-même et de sa perfection aussi bien dans les principes derrière les formes physiques (espèces, structure, éléments etc.) que dans les cycles cosmiques et humains, les données mathématiques, numériques, symboles, astrologiques comme nous venons de le voir, personnels, calendaires et ainsi de suite, tout étant en parfaite unité et correspondance.
Nous avons déjà eu l'occasion de voir sur le blog comme ailleurs à
quel point les événements, les symboles, les données numériques et tout le
reste s'interpénètrent et s'entrecroisent dans une unité incommensurable. Ce
support d'étude basé sur les données empiriques fonctionne mais ne doit pas
seulement être utilisé pour lui-même dans un décodage d'événements sans fin.
Il doit, comme le reste, servir uniquement de support de méditation pour qui en a besoin dans son cheminement, de
tremplin vers la vérité supérieure et donc d'usage initiatique, sans jamais oublier que tout ceci doit nous mener vers ce même objectif: l'éveil de la divinité retenue prisonnière en nous.
Merci pour votre lecture,
Metaphi
Merci pour votre lecture,
Metaphi


25 Commentaires
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Merci beaucoup à toi kamarade pour ce beau résumé de la Grande Doctrine. Il y a une citation que je médite depuis un certain temps - de manière "spiralée", i.e. aller-retour-aller-retour... suivant un axe de progression vers le centre - qui nous vient de Guénon, et qui pourrait humblement éclairer ton propos : "Si le cœur est au centre du corps, le centre est au cœur de l'Esprit". Par ailleurs, il y a cette notion/symbole de l'abîme qui me semble très intéressante et déconcertante pour un esprit cartésien ; en effet, en tournant autour de cette notion d'abysse on découvre des liens surprenants entre Abbadon/Avallon/Arkadia/Maison de la Profondeur/Puits vert-noir-sans fonds de l'insondable Vérité/Soleil Noir/Polaris/Saturne/Lumière sombre/Avshalom/Absalom/Absolem/Absolu/Apollyon/Apollon/Metatron/etc. etc., de sorte que tout ceci apparaît à la fois comme les deux faces d'une même pièce, et permet - d'une certaine manière - d'accéder au-delà de la coïncidence des contraires - liés à nos contingences spatio-temporelles-, de passer au-delà du S⊙leil/Seul-Oeil ou Unique Oeil/Principe/Rayon... Encore un grand merci à toi.
RépondreSupprimerVous posez cette vérité mathématique absolue, l’impossibilité du néant…pour ne pas vous en servir ! C'est précisément cette impossibilité du repos absolu qui oblige l'univers à exister et à bouger ! Vous préférez basculer sur le dogme Guénonien, qui a inventé sans preuve et sans logique, l’idée d’un Dieu ou « Principe éternel ». Un raisonnement respectant la logique serait que si le néant est impossible, l'existence (la manifestation en mouvement) est la condition par défaut obligatoire de la réalité. Pas besoin d'un Créateur parfait pour cela. Le monde est juste la conséquence du fait que le Zéro absolu est inatteignable.
RépondreSupprimerLa vision métaphysique Guénonienne méprise ainsi le mouvement de la vie, rejette toute idée de progrès et décrit la manifestation comme une « chute », une « prison ». Pourquoi devrait on fuir le mouvement de la vie pour aller vers un hypothétique Dieu figé sur lui-même ? Pourquoi séparer la réalité en Mouvement versus Fixité, en « Non-Manifesté » supérieur au « Manifesté » ? Courir après « l’immobile » n’est il pas finalement une illusion de l’égo spirituel ? A mon sens la libération, ce n'est pas « sortir de la matrice » pour rejoindre un centre immobile. Mais c’est plutôt accepter que le mouvement EST la réalité. Incarner pleinement ce qu'on est, tout en sachant qu'on ne l'est pas (et non pas s’échapper de l’incarnation).
Comme l'enseigne le Bouddhisme, il n'y a pas de « Soi Suprême » ou de « Conscience de Dieu » fixe à retrouver. Tout est vide de substance propre. Remplacer l'illusion de « moi » par l'illusion de « Dieu », c'est s'accrocher à l'idée qu'il y a quelque chose de solide quelque part. Par exemple Guénon a transformé le Wu-Wei du Taoïsme en une preuve de l'Immuabilité du Principe. Le Wu-Wei n’est en fait pas une immobilité statique ou un refus de l'action. C'est « l'action sans friction », le fait d'agir en parfaite fluidité avec le cours naturel des choses. On dirait que Guénon est allé piocher dans chaque tradition ce qui lui permettait de calmer son angoisse existentielle.
Dès que l'argumentation logique aboutit à une contradiction, Guénon invoque « l’Inexprimable » ou « l'Infini métaphysique » qui transcende toute contradiction. C'est très commode. En grec ancien, le Logos signifie à la fois raison, discours et lien. La logique est l'outil qui permet de faire le lien, l’unité. C'est l'exact opposé de Guénon : il pose une conclusion absolue (le Principe Immuable) comme point de départ, et il plie ou annule les règles de la logique quand elles entrent en contradiction avec son dogme. Bref, Guénon écrit des centaines de pages de raisonnements pour convaincre son lecteur, en utilisant le Logos, pour finalement nier le Logos. Alors que, par exemple dans la tradition du Bouddhisme, on propose une continuité : la logique rigoureuse prépare l’Insight (ce que Guénon appelle « l'Intellect pur »), elle ne lui est PAS opposée et inférieure…
Merci pour votre commentaire, en relisant cet article je me rends compte qu'il mériterait d'être simplifié et clarifié mais le temps manque. Je ne vais pas polémiquer sur Guénon puisque mes écrits et pensées ne se limitent pas à cet auteur, j'ai d'ailleurs une préférence pour ceux de Coomaraswamy qui sont moins polémiques et bien plus doctrinaux et synthétiques.
SupprimerTout ce qui est mouvement, conscience, perception et sensation ne peut effectivement trouver le repos. Toutefois, il ne faudrait pas oublier que le sommeil profond peut nous mener dans un état d'être sans pensée ni objet où aucun de ces termes ne s'applique et où nous devenons une simple présence d'être. La mémoire est rarement effective dans ces moments-là puisqu'elle est inhérente au champ des sensations, mais le souvenir d'un état paisible lointain peut se former avant l'éveil (le peu que capte la mémoire) au moment où nous commençons à sortir de cette simple condition d'être où plus rien n'a d'importance ni de temporalité.
Le réveil consiste alors en un retour à la sensation, à l'extériorisation des sens et à la perception du temps. L'état intérieur pur sans temps ni espace ne peut pas être nié, pas plus que le sommeil lui-même à ce sujet, ô combien nécessaire à l'existence. Les cinq sens sont déployés dans l'existence et se retirent dans le repos où ils sont alors fondus mais non confondus, jusqu'au réveil où ils se déploient de nouveau. Tout dans la nature, de la plante aux galaxies, montrent ce déploiement de l'existence du centre vers la circonférence avant son retour progressif à lui.
Vous dites "Pourquoi séparer la réalité en Mouvement versus Fixité, en « Non-Manifesté » supérieur au « Manifesté » ?", mais il n'a jamais été question de séparer les deux puisque le second est le premier dans une modalité d'existence propre.
SupprimerTous les grands sages et spirituels, qu'ils soient des religions abrahamiques, des traditions asiatiques ou d'ailleurs, bien avant Guénon, ont compris que la seule réalité véritable est l'immobile et que le perpétuel changement du courant du monde n'en est que le champ d'expression. Il ne s'agit donc pas de courir après l'immobile, mais bien de prendre conscience qu'il est la seule réalité derrière le théâtre changeant du monde. Nous sommes ses yeux, son corps, ses pensées, sans que son aspect le plus profond de lui-même, cet intérieur insondable en nous, ne soit pourtant soumis à quelqu'une des conditions du monde et de l'existence.
Le Wu Wei invite à prendre conscience de cet immobile dans l'action, qui seul peut traverser le mouvement sans changements (ce qu'il a toujours fait et fera toujours, contrairement aux choses périssables, à travers les milliards de milliards d'êtres et de possibles). Concernant le bouddhisme, si son enseignement était comme vous le suggérez que seul le monde extérieur existe, il ne serait pas traditionnel et n'aurait pas pu avoir la portée qu'il possède aujourd'hui puisqu'il aurait été étranger au seul dirigeant du monde qui voit à travers les yeux des êtres, et rien de ce qui est étranger à lui et qu'il ne puisse reconnaître ne peut subsister autrement qu'illusoirement et temporairement (le fameux égo temporaire des créatures qui emprisonne métaphoriquement la divinité et s'en nourrit pour exister, ce qui correspond au sacrifice originel, comme le postule la doctrine hindoue notamment, voir le livre hindouisme et bouddhisme de Coomaraswamy).
Quant au rejet du progrès, c'est tout simplement parce qu'il participe de la même illusion d'une réalité extérieure qui serait en constante progression alors que l'immobile à la source du monde, par nature, est sans progrès ni changement. Il Est, et ce n'est que par Lui que les choses sont. Tout dans le domaine extérieur n'est que recombinaison périphérique, cycle, déploiement et retour, et ce que la société moderne nomme progrès n'est que le développement de possibilités locales avant qu'elles ne soient remplacées par d'autres toujours supposées mieux, et ceux qui ne s'adaptent pas entrent alors en crise (en phase de résorption) pendant qu'émergent de nouveaux paradigmes qui seront eux aussi considérés comme progrès avec lendemains qui chantent avant qu'ils ne redisparaissent à leur tour.
Il n'y a aucune contradiction ni difficulté derrière ce postulat partagé par des milliards de personnes avant nous à travers une multitude de formes et d'expressions, et ce bien avant Guénon. La seule chose qu'on puisse lui critiquer, c'est son originalité sur certains sujets qui touchent à la Tradition, même s'il combattait pour la même raison l'idée d'originalité dans ses écrits.
Metaphi
Guénon et Coomaraswamy défendent un monisme émanatiste et statique. Ils postulent la réalité d’un Principe unique, absolu et non-manifesté, d’où émane directement un manifesté illusoire et conditionné, instaurant de fait une forte opposition de valeur entre les deux (le premier jugé supérieur, le second inférieur). On voit déjà ici se dessiner une difficulté logique. Comment ce Principe absolu non-manifesté peut-il être à la fois séparé de sa création et uni à elle ? Autrement dit, comment une chose limitée et finie pourrait‑elle coexister avec l’infini, ou émaner de celui-ci, alors que l’infini est précisément l’inexistence de toute limite ? Il existe de nombreuses conceptions métaphysiques, qui posent différentes prémisses pour établir des déductions sur la nature de la réalité. Si chacun est libre d'adhérer au système de croyances qui lui convient, sur le plan strictement métaphysique, un modèle ne vaut que par la cohérence logique de ses prémisses. À défaut, ce modèle ne donne aucune véritable explication rationnelle. La métaphysique ne doit reposer sur aucune hypothèse.
RépondreSupprimerC’est malheureusement le défaut des prémisses de votre position : elles posent d’emblée l'existence d’un Principe absolu réel qui produit une création jugée illusoire, bien que celle-ci soit déclarée non séparée de lui. Cette création est appelée à « retourner » à la réalité de ce Principe, bien que ce dernier soit infini. Pour résumer, ce Principe est séparé et non séparé de sa création, qui elle-même est séparée et non séparée de lui. Toutes les démonstrations et analogies que vous présentez ne sont que le reflet de ces prémisses. Autrement dit, cette position métaphysique tente de masquer la contradiction entre le Principe et sa création sous des hypothèses invérifiables.
À l’inverse, les prémisses de la conception métaphysique à laquelle j’adhère s'appuient sur un constat logique indiscutable : l’impossibilité du Néant. Nous le verrons, cette impossibilité, couplée à sa nécessité absolue, forme les deux pôles du moteur de la réalité. Comme vous le dites si bien dans votre article, « Le néant absolu et total est en fait la seule et unique impossibilité métaphysique. » La position que je défends est un monisme dynamique, un système métaphysique initié par Héraclite, et que des auteurs comme Frank Hatem, entre autres, ont contribué à développer.
Il découle de ces prémisses que la nullité ne peut « exister » qu'en s'opposant à l’infini, car ce qui ne peut être le pur Néant est par essence limité (les mathématiciens opposent zéro et infini depuis longtemps). En même temps, la nullité, prise isolément, étant une limitation par rapport à l’infini, ne peut pas se suffire à elle‑même. Elle tend donc inéluctablement vers la réunification avec l’infini qui, lui, devrait aller de soi (contrairement au fini, qui ne va pas de soi, puisqu’il n’est pas tout). Ainsi, l’être est lui‑même ce paradoxe vivant d’opposition et de réunification : un infini en devenir. Être, c'est fondamentalement « suivre », ce que le français illustre par un heureux hasard linguistique (« Je suis »).
RépondreSupprimerPar conséquent, l’être et l’univers sont engendrés par l’impossibilité du Néant, couplée simultanément à sa nécessité. La conscience a cette impression « d’être », parce qu’elle ressent qu’elle n’est pas le Néant, c'est-à-dire une totalité infinie. Si l’explication de l’être réside dans ces deux principes fondamentaux (infinité et nullité) à la fois opposés et complémentaires, le Néant en est la cause ultime, car il est le seul à n’avoir besoin d’aucune cause. Dans cette perspective, on ne « postule » aucun Principe absolu déjà constitué. Tout est en devenir. Le seul et unique principe moteur est le paradoxe de la nécessité d'un Néant impossible. Autrement dit, cette vision métaphysique résout la contradiction entre le Principe et sa création de façon purement logique. L’existence est le produit indirect de l'impossibilité du Néant, et non une création volontaire directe.
Il n’y a donc pas de « Soi » suprême caché derrière les apparences, pas de Principe premier déjà constitué, pas d’émanatisme, ce qu'affirme d’ailleurs le bouddhisme. C'est la raison pour laquelle Coomaraswamy s’est vu contraint de réinterpréter la doctrine centrale du non-Soi pour la faire correspondre à ses propres thèses. De fait, un Absolu qui peut être morcelé (à l’image du « sacrifice originel ») n’est pas absolu. Ainsi, l'idée selon laquelle toutes les grandes religions appartiendraient à une Tradition unique s'effondre. Ce n'est pas parce qu'un système conceptuel a séduit une grande partie de l'humanité qu'il est logiquement inattaquable sur le plan métaphysique pur. On pourrait aussi bien dire qu’à travers l’histoire, des milliards d’humains ont essayé de prouver l’existence de Dieu, ce qui laisse entendre que celle-ci ne va pas de soi. De plus, la Tradition primordiale n'est pas un fait historique prouvé : c’est une théorie métaphysique qui oblige à rejeter certaines traditions pour préserver sa cohérence, fonctionnant en définitive comme n'importe quel dogme.
Enfin, si le Néant est impossible, alors il n’y a ni point de départ ni point final aux cycles d’existence de la nullité. Dans ces conditions, l’analogie traditionnelle d’un centre vers lequel tout « reviendrait » ne peut pas servir de preuve à l’existence d’un Principe absolu. Comme démontré précédemment, l’être est le zéro (la nullité) qui s’oppose à l’infini. L’être n'est donc rien d'autre que le fait de se placer au « centre » par rapport à cet infini. Dès lors qu'il y a une limite, quelle qu'elle soit, celle-ci s'oppose à tout le reste et se vit inévitablement comme un point central, ce que la forme calligraphique du « 0 » illustre d'ailleurs parfaitement. »
Avant de prétendre connaître la pensée de ces auteurs, il serait bien de les lire. Aucun d'eux ne défend l'idée d'un monisme émanatiste. Dans son Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, qui est le premier livre écrit par René Guénon, il considère explicitement le monisme comme un système philosophique insuffisant qui ne peut se résoudre que par la doctrine métaphysique de la non dualité. Il dit aussi très clairement dans une note de bas de page de son livre Les états multiples de l'être que le terme d'émanation doit être évité autant que possible, car il évoque "une idée ou plutôt une image fausse, celle d’une « sortie » hors du Principe".
SupprimerLes termes d'inférieur et de supérieur, lorsqu'il s'agit de métaphysique, ne sont pas à entendre comme un "mieux" face à un "moins bien", ou comme une partie comparée à une autre (sauf relativement), mais bien plutôt comme deux ordres différents d'une seule et même chose. Le pied est inférieur à la main par rapport à la tête et pourtant ne s'y oppose nullement, il appartient au même corps et en possède la même nature.
Vous ne défendez pas une thèse métaphysique mais une conception philosophique et cosmologique, un processus cosmique presque mécaniste basé sur une logique discursive confinée à l'explication rationnelle. C'est ici bien en deçà du plan métaphysique qui par nature ne peut s'enfermer dans le raisonnement logique et analytique, qui appartient au domaine psycho-physique.
Vous ne semblez pas vous en rendre bien compte, mais votre position philosophique est sous bien des aspects antimétaphysique puisque vous dites vous-même qu'il n'y a pas de « Soi » suprême caché derrière les apparences (je croyais d'ailleurs que vous étiez d'accord pour dire que le néant était la seule et unique impossibilité métaphysique, le Soi suprême devrait donc en être une aussi finalement ?). La métaphysique entend traiter tout ce qui sort du champ de la nature et du perceptible (méta-physique), soit exactement ce que vous niez.
Si comme vous le dites le néant est impossible, nécessaire et cause de l'être tout à la fois, alors ce n'est pas du néant dont nous parlons. Le néant ne peut rien produire, il ne peut pas être une cause ni un principe, encore moins une nécessité puisqu'il est rien, néant, nada, pas au sens d'espace vide, mais vraiment d'impossibilité, l'Absolu ne pouvant admettre aucun élément extérieur à lui-même (sans quoi il ne serait plus absolu, c'est pourquoi si vous niez ne serait-ce qu'un seul aspect de l'absolu et de l'infini, vous le niez entièrement). Pour vulgariser, l'Absolu est comme un "plein total" qui ne possède aucun vide effectif autrement qu'illusoire, car dans sa toute possibilité doit tout de même résider celle de sa propre négation, mais ce n'est pas alors un néant au sens propre, mais juste une "possibilité de représentation du néant", sans que celui-ci n'ait pourtant une quelconque réalité propre. Le néant ne peut pas non plus provoquer ou influencer quoi que ce soit, et encore moins être la "totalité infinie" puisque s'il avait pu "exister", il en serait justement la parfaite négation.
SupprimerQu'avons-nous là encore opposé, limité ou divisé en postulant que toute chose doit revenir en définitive à l'absolu, même l'impossibilité elle-même du Néant, qui a la possibilité tout de même de s'exprimer "positivement", si on le peut dire ainsi, sous la forme illusoire de l'absence ?
Encore une fois, il n'y a aucune contradiction dans le fait que l'absolu soit entièrement présent dans la manifestation universelle, et même dans chaque corps et chaque molécule de celle-ci, j'ai bien dit entièrement et absolument, tout en conservant son absoluité transcendante indivisée intacte hors de toute forme (d'où le fait que tout panthéisme soit à exclure). Pour rappel, l'infini n'est pas une distance spatiale indéfinie, c'est l'Absolu même, qui possède en son sein, dans sa toute possibilité, l'existence sous forme de devenir, de durée et d'espace, sans qu'il n'en soit jamais exclu ni inclu à proprement parler. Une image analogue serait celle du Soleil qui se reflèterait sur une flaque d'eau composée d'une multitude de petites flaques séparées (qui sont des possibilités). Comment le Soleil peut-il sembler se diviser dans toutes ces flaques et les éclairer de sa lumière en même temps tout en restant unique et indivisé en réalité ? C'est le type de question que vous posez sans même vous en rendre compte.
L'Absolu ne peut pas être morcelé autrement qu'en apparence et relativement, car il demeure sans limites et sans parties. La nullité complète ne peut pas se réaliser effectivement, il y a la possibilité de tendre vers cette nullité comme indiqué précédément, votre intuition était juste à ce propos, mais ce n'est pas la cause même de l'existence, seulement l'une de ses composantes. Mais derrière le néant apparent se trouvera toujours l'Absolu, en bout de course. C'est la cause et fin dernière de toute chose, éternellement. Non pas cause au sens chronologique, mais logique.
Enfin, vous faites bien de finir sur la forme calligraphique du 0, que vous associez au Néant (en le confondant je suppose avec le zéro métaphysique), car vous oubliez son absolu contraire représenté par le point en son centre ☉, qui est ce principe éternel, cette lumière dont les rayons tendent vers l'apparent néant mais ne font en réalité que revenir en son sein, comme les rayons du Soleil s'étendant dans toutes les directions de l'espace vers l'apparent Néant du cosmos reviennent entièrement et pleinement à l'Absolu... qu'ils n'ont jamais quitté.
Metaphi
Oui, on peut concevoir, comme vous le faites, l’idée d’un Tout infini absolument réel, mais uniquement si on accepte qu’il dépasse toute définition, toute catégorie et toute saisie rationnelle. C’est une posture théologique. Le plus gros problème de ce type de posture est qu’en partant d’un Principe absolu réel, on peut tout imaginer, même le plus illogique. Pour ma part, je n’aime pas l’idée d’évoluer dans un monde quasi inexplicable, incompréhensible. Il m’apparaît plus sain et logique que le Tout, par lui-même, n’intervienne pas directement dans le monde de l’illusion, mais plutôt indirectement en tant que principe causal à la fois intérieur et distinct de l’effet, et que cette fonction d’action directe incombe à l’être. Cela n’exclut nullement de s’émerveiller devant cette force universelle et immatérielle, l’énergie magnétique elle-même, engendrée à partir de la nécessité involontaire et éternelle du néant. Cette nécessité du néant est le fil d’Ariane permettant de démêler la pelote des grands mystères. Nul besoin d’attendre une prétendue fusion avec le Principe suprême pour comprendre qu’un principe unitaire s’applique à tout l’univers et le rend intelligible et logique. Je pense que Guénon, en affirmant l’impossibilité stricte du néant, n’a pas eu d’autre choix que de décréter l’incompétence de la logique (car d’un point de vue strictement logique, l’infini doit être purement nul, sinon il est déterminé). De même, si l’infini échappe à toute rationalité, il faut bien un certain lot de consolation dans un jeu apparemment dénué de sens dont on ne saisit pas la finalité, faute de quoi l’être serait voué au désespoir.
RépondreSupprimerEt pour vous répondre sur ce point précis, Frank Hatem n’utilise pas une logique abstraite, mathématique, qui peut très bien contredire le vécu. Pour cet auteur, est rationnel ce qui est en conformité avec l’intuition ou avec des constats immédiats. Par exemple, la logique doit s’appuyer sur des certitudes « mystiques » inconditionnelles qui s’imposent d’elles-mêmes ; sans elles, il serait facile de construire une logique à partir de postulats irréels :
« Est rationnel (« Hyper-Rationnel » en fait) ce qui émane de la Raison en conformité avec l’intuition mystique inconditionnelle. Ce qui n’est qu’issu de la raison en contradiction avec l’intuition mystique inconditionnelle peut paraître logique mais n’est pas rationnel pour autant. » (Frank Hatem)
L'idée d'un Tout infini réel qui dépasse toute définition, toute catégorie et toute saisie rationnelle est purement métaphysique, tandis que la posture théologique se limite à l'étude de Dieu selon le point de vue religieux et rationnel. Ce sont deux choses très différentes.
SupprimerDire que ce Tout, par lui-même, est le principe causal à la fois intérieur et distinct de l’effet est tout à fait exact dans l'ordre successif, mais pas dans l'ordre simultané, où l'effet n'est pas distinct du principe autrement qu'en apparence.
L'énergie magnétique est de nature physique, la qualifier d'immatérielle est donc impropre, comme pour tous les autres types d'énergie, qui ne sont que des effets inhérents aux lois universelles et cosmiques. Nous sommes là dans le registre scientifique, au sens moderne du terme, ce qui est insuffisant pour expliquer quoi que ce soit d'un ordre plus élevé.
Quant à la nécessité du néant, elle n'existe que dans votre système entièrement basé sur une pure impossibilité métaphysique, ce qui l'invalide entièrement de fait. Le néant ne peut produire que du néant, et en tant qu'impossibilité, il ne peut pas avoir la fonction positive d'une nécessité, sinon cela voudrait dire qu'il aurait une fonction et qu'il serait par là même quelque chose. Il est toujours possible de dire que le plein nécessite le vide pour avoir une forme, mais ce vide n'est pas le néant, il est potentialité, possibilité, et comme le plein, il est nécessairement contenu dans l'infini, qui n'admet aucun néant.
Pour ce qui est de l'idée d'impossibilité du néant, étant définitive et intemporelle, elle ne provient bien évidemment d'aucun auteur, encore moins de Guénon, qui n'a pas décrété l'incompétence de la logique non plus, puisqu'elle possède toute son importance dans l'ordre qui lui est propre.
Concernant l'intuition découlant de "certitudes mystiques inconditionnelles", que Frank Hatem doit posséder à n'en point douter, il ne s'agit ici que d'une intuition personnelle basée sur une certaine sentimentalité, comme vous l'avez vous-même démontré ici en indiquant ne pas aimer l'idée d'évoluer dans un monde qui vous serait incompréhensible, ce qui vous aurait notamment conduit vers l'adoption du système d'Hatem.
Le problème, c'est que ce "mysticisme hyper-rationnel" pseudo scientifique, qui est en réalité d'essence sentimentale, voudrait se substituer à l'intuition intellectuelle supra-rationnelle, qui seule est en mesure d'atteindre des sentiers bien au-delà du domaine rationnel restreint dans lequel vous entendez vous enfermer.
Enfin, si l’on veut réellement s’en tenir à la logique, il faut aller jusqu’au bout, en remarquant que la pure rationalité, dégagée de toute fantaisie individuelle, doit nécessairement coïncider avec la pure réalité, sans rien en laisser de côté, et donc avec l'Infini. C'est aussi pour cette raison que les créatures sont essentiellement irrationnelles en se croyant distinctes de l'infini. Votre système ne devrait donc pas reposer entièrement sur cette distinction, elle aussi irrationnelle au fond, entre le néant et l'infini.
Si la cause est déjà pleinement présente en même temps que ses effets, pourquoi produirait-elle quelque effet que ce soit, étant déjà Tout ? De même, si tout est illusion, alors rien n’existe réellement, il n’y a rien ni personne. Le néant. Encore moins un Soi métaphysique indémontrable et conçu comme un noyau permanent, réel, statique ou achevé.
RépondreSupprimerVous recourez systématiquement à la carte Joker : l’inconnu est aussitôt assimilé au divin. De plus, vous ne cherchez pas à comprendre les concepts métaphysiques hatémiens : votre réponse, à la fois précipitée et erronée sur des concepts aussi importants que l’impossibilité du néant (qui ne vaut que pour le domaine de l’illusion), l’intuition et l’énergie magnétique, ne joue pas en votre faveur, puisqu’elle touche directement à ce que Hatem réfute. Quant à moi, j’ai pris le temps d’approfondir la doctrine de Guénon ; ce n’est visiblement pas votre démarche.
"Si la cause est déjà pleinement présente en même temps que ses effets, pourquoi produirait-elle quelque effet que ce soit, étant déjà Tout ?"
Supprimer→ Une cause contient par elle-même une multitude d'effets ainsi que tous leurs développements possibles. Les effets ne sont donc que les développements d'une cause, et il n'est pas possible de dire qu'un effet soit sans cause, quel qu'il soit, d'où le fait qu'une cause soit nécessairement présente dans ses effets, sans toutefois s'y réduire.
"De même, si tout est illusion, alors rien n’existe réellement, il n’y a rien ni personne. Le néant."
→ Oui, c'est exactement ce que les bouddhistes nomment Śūnyatā, la vacuité des choses, ou encore ce que Maître Eckhart indique dans son quatrième sermon, en disant que "Toutes les créatures n’ont pas d’être, car leur être tient à la présence de Dieu. Dieu se détournerait-il un instant de toutes les créatures, elles deviendraient néant". Il n'y a que le Seul et Unique Transmigrant, l'Unique Réel infini, les mondes sont pleins de lui et vides des êtres. Mais ce que semblez avoir du mal à comprendre, c'est que l'univers a beau être illusoire, il est bien réel, n'étant pas distinct de l'infini, le Suprême Réel.
"Encore moins un Soi métaphysique indémontrable et conçu comme un noyau permanent, réel, statique ou achevé."
→ Les soi individuels ne sont que les effets et les développements possibles du Soi Suprême, dans l'ordre des possibilités formelles et successives, et ce Soi Suprême est non seulement présent simultanément dans tous les soi individuels, leur cause directe, mais aussi bien au-delà, n'étant pas réductible à l'un ou l'autre de ses effets ou possibilités.
"Vous recourez systématiquement à la carte Joker : l’inconnu est aussitôt assimilé au divin."
→ Ce n'est pas l'inconnu que j'assimile au divin, mais l'infini et tout ce qui lui appartient, donc absolument tout, que cela soit appréhendable pour l'individualité humaine ou non.
Pour ce qui est du reste de votre commentaire concernant les "concepts métaphysiques hatémiens", un rapide tour d'horizon de son site internet suffit pour en voir toute l'inanité. Je ne vais prendre que le point un pour l'exemple, qui correspond à son article "D'où vient la CONSCIENCE et pourquoi".
D'emblée, il affirme que tous les finis seraient nécessaires pour que l'infini soit, alors que c'est strictement l'inverse qui est vrai, c'est l'infini qui est nécessaire pour que tous les finis soient, sinon ils n'auraient aucune base ni fondement pour se former, de même que la cause est nécessaire pour que les effets qu'elle contient puissent être et se développer. Il n'y a pas d'effets sans cause.
Une somme de finis ne constituera jamais un infini, comme il le reconnaît lui-même, mais ça ne signifie pas que l'infini soit impossible, simplement qu'il est sans parties ni limitation, mais Hatem n'ayant pas su en tirer toutes les conclusions qui s'imposent, a préféré décréter que l'infini était une nullité, alors qu'il ne s'agit que de la compréhension qu'il en a.
Il en vient ainsi à poser des réalités finies comme si elles pouvaient être sans principe, tout en affirmant qu'elles tendraient vers celui-ci sans jamais pouvoir l'atteindre, ce qui est contradictoire et absurde au plus haut point. Il n'y a rien à dire de plus sur ce système impossible.
Seule une nécessité peut être à la fois intérieure à l’effet et distincte de lui. De même, tous les nombres existent nécessairement, sans qu’il existe pour autant un nombre infini. Je ne discerne rien d’absurde ni de contradictoire dans cette simple analogie. Si les nombres pouvaient être infinis, ils le seraient déjà de toute éternité. En posant un Principe absolu réel, vous le matérialisez et le rendez extérieur à votre esprit, quand bien même vous prétendriez le contraire. Or il n’y a pas d’« ailleurs », tout est déjà dans l’esprit. La cause est donc dans l’esprit. Nul besoin de postuler un Principe supplémentaire à l’esprit lui-même. À défaut, vous affirmez que l’esprit divin est extérieur à l’esprit humain. Hypothèse invérifiable, génératrice d’incertitude et de souffrance. La pensée d’un auteur ne se laisse pas saisir par un rapide tour d’horizon.
RépondreSupprimerComme dit Coomaraswamy dans Elements of Buddhist Iconography : "l'auditeur fait fausse route s'il pense que les mots décrivent le principe, au contraire ils ne font que l'indiquer, le principe lui-même n'est pas une chose ayant une ressemblance."
SupprimerIl cite à ce propos le Samyutta Nikâya, texte I, p.11 : "Ceux qui s'arrêtent à ce qui est exprimé littéralement, sans comprendre ce qui était exprimé, tombent dans les liens de la mort ; ceux qui comprennent ce qui était indiqué en réalité, ne forment pas de vains concepts à propos de celui qui donne l'indication".
Poser un Principe absolu réel peut en effet le rendre extérieur à "notre esprit" dans une certaine mesure, mais cela montre juste que nous sommes contraints d’utiliser des représentations comme supports à cause des limites humaines qui nous sont inhérentes, ce qui est précisément la fonction du symbolisme. Toute la difficulté, comme l’indiquent les traditions, consiste à ne pas s’y arrêter et à les dépasser, ce qui correspond notamment à l’idée de mort initiatique de l’individualité, qui projette sans cesse ses propres limitations.
Votre analogie aux nombres repose sur une confusion entre l’indéfini et l’Infini et ne peut l'invalider non plus. Les nombres, même considérés dans leur totalité, appartiennent toujours à l’ordre du quantitatif et du manifesté, ils peuvent être prolongés indéfiniment mais restent conditionnés par la série elle-même. Cela n’a rien de commun avec l’Infini principiel, qui est sans limite et hors de toute détermination.
De même, un point dans l'espace reste rigoureusement nul par rapport à l’étendue qui le contient, et ce quelle que soit la taille du point, les grandeurs finies ou indéfinies restant nulles à l’égard de l’Infini. La pseudo évolution de l'esprit par son enchaînement causal de "finis" ne pourra par ailleurs jamais produire de résultats positifs à l'égard d'une totalité, c'est pourquoi les "finis" nécessitent l'infini mais que l'infini, lui, ne les nécessite pas pour être ce qu'il est.
Par ailleurs, affirmer que "tout est dans l’esprit" revient nécessairement à poser une totalité, or une totalité véritable ne peut être qu’Infinie puisqu’elle ne saurait avoir d’extérieur à elle-même. En introduisant dans "votre esprit" des distinctions, des relations de nécessité ou toute autre chose d'un ordre conditionné, il ne peut plus être question d’une totalité.
Peu importe l’angle sous lequel on considère un ordre contingent, qu’il soit physique ou non, il ne saurait en aucun cas infirmer l’Infini, précisément parce qu’il n’est pas du même ordre. Au fond, la "haute métaphysique" d'Hatem ne fait que prouver qu'en restant dans un ordre déterminé quelconque, l'infini est inatteignable, rien de plus, sauf qu'aucune métaphysique intégrale ne peut rester limitée à cet ordre là, et je ne vois personnellement pas de grande différence entre son système et l'athéisme, si ce n'est qu'il essaye d'en donner une validité scientifique à coup de physique quantique, d'évolutionnisme, d'hyper rationnel et autres données mal formulées, incomprises ou tirées hors de leur contexte.
Sinon, en parlant de Guénon, je vous invite à lire son premier texte publié connu, "le démiurge", que vous trouverez dans ce recueil d'articles en PDF.
SupprimerL’idée que l’esprit est le Tout implique que tout relève de la conscience, non qu’une conscience absolue du Tout soit réalisable. Qu’est ce qui vous permet d’affirmer que le Tout infini possède une réalité positive dans son propre ordre ? Pour qu’une chose « existe », il faut qu’elle soit déterminée par rapport à autre chose et qu’elle soit « extérieure » à une autre ; or, si l’esprit en tant que Tout n’a rien en dehors de lui, comment justifiez vous que ce Tout existe ? Au nom de quoi la totalité de ce qui existe serait-elle une réalité positive accessible ? Et pourquoi une origine aurait-elle plus de raison de créer quelque chose qu’un but ?
RépondreSupprimerSeul le néant échappe légitimement à l’exigence de cause : il est précisément ce qui n’a rien à expliquer, puisqu’il n’est rien ; il est donc supérieur à tout ce qui a besoin d’une cause. Si pour vous l’infini n’est pas le néant, votre infini requiert lui aussi une cause et ne peut dès lors constituer une réalité absolue.
La métaphysique hatémienne ne se cantonne pas au domaine de l’illusion ou de la dualité, comme vous semblez le croire. Car si tout est relatif et illusoire, la seule « réalité » à subsister est nécessairement l’unité d’un Tout infini dans un registre purement métaphysique, par nature inaccessible au domaine de l’illusion. Il convient donc de distinguer rigoureusement l’ordre de l’illusion de l’ordre métaphysique. Frank Hatem ne dit pas que le néant « existe » ; il affirme simplement que ce Tout n’est rien. De même, tous les nombres existent nécessairement, ce qui implique l’idée d’une totalité numérique, sans que l’on puisse pour autant dire qu’il existe réellement un Tout contenant l’ensemble des nombres. C’est précisément ça le néant : quelque chose qui « est » logiquement, sans que l’on puisse dire que cette chose « est ». Il « est » comme totalité, mais cette totalité n’a aucune réalité positive. Toute l’illusion repose sur cette « réalité » métaphysique intangible, bien que celle-ci n’apparaisse, dans le domaine de l’illusion, que sous la forme d’une tension spontanée ou d’une exigence logique. Si tout est illusion, alors la cause de l’illusion est la seule « réalité ». On ne peut guère aller plus loin dans l’intégralité métaphysique puisque la dualité désigne précisément le fait qu’il n’y ait pas deux réalités distinctes (c’est d’ailleurs le sens du mot « non-dualité » qui est la manière la plus prudente de parler d’une seule « réalité »). Pour le dire simplement : le néant « est » en tant que Tout, mais s’il possédait la moindre existence effective, il se contredirait lui-même.
Le « Tout infini » auquel je fais référence est d’un autre ordre que la simple extension de tous les finis en nombre indéfini. Le néant les dépasse tous. Mais ce néant est déduit seulement d’une nécessité logique et rien ne saurait être extérieur à sa nécessité. Guénon lui-même recourt au même argument logique ; comme Hatem, il affirme que le Principe est le Tout nécessaire pour toute chose finie dès lors que rien ne saurait lui être extérieur. La différence est que Guénon en conclut une plénitude positive, et Hatem une nullité. Mais sur quelle base ou au terme de quelle démonstration Guénon affirme-t-il que l’infini est positif plutôt que nul ? Le néant, lui, n’a rien à démontrer, puisqu’il n’est rien.
C’est en ce sens qu’on n’est jamais sorti du néant, c’est le fond nécessaire de toute réalité, la structure logique permanente de toute réalité, mais un fond sur un mode virtuel, c’est-à-dire sans existence actuelle ni effective. Le néant n’est pas un état antérieur dont la dualité serait sortie : la dualité « est » le néant qui se manifeste comme impossibilité nécessaire. Le mental ne peut en avoir une compréhension directe (ce qui explique peut-être aussi pourquoi Guénon n’a pas jugé utile de s’y attarder). Le néant en tant que Tout « est » logiquement (comme conclusion nécessaire, car il n’y a rien d’autre que le néant), mais pas ontologiquement (comme réalité positive). Le néant ne peut être un but au sens guénonien (un état à atteindre), il est un but uniquement au sens logique : il ne peut ni être effectif, ni ne pas être logiquement. Il faut donc bien distinguer ces deux niveaux différents : la définition même du néant est l’impossibilité absolue de toute réalité positive, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il soit en dehors de toute logique. On peut parler du néant et lui donner un sens, donc il n’est pas hors de la logique. Par conséquent, la nécessité du néant n’est qu’une nécessité logique, rien de plus. Sans logique, on ne peut pas le débusquer.
RépondreSupprimerSi vous considérez l’infini comme une réalité positive, cause d’elle-même, plein total et ne manquant de rien, alors cet infini ne peut rien créer puisqu’il est déjà Tout ; si l’infini crée quoi que ce soit, fût-ce en imagination ou en rêve, alors il possède des caractéristiques qui l’empêchent d’être véritablement infini.
Pourquoi ne pas s’étonner également que le « Non-Être » contienne, de manière arbitraire, les possibilités d’états de souffrance chez certains êtres plutôt que chez d’autres ? Il me paraît difficilement cohérent d’affirmer que la manifestation réalise elle-même « l’empire du Démiurge », c’est-à-dire sa propre séparation d’avec le Principe, tout en soutenant que toute dualité est déjà contenue à l’état de possibilité ou de germe dans le Non-Être. Autrement dit, Guénon ne peut pas dire simultanément que le Principe, même sous l’aspect du Non-Être, est Perfection absolue dépassant le bien et le mal, et qu’il contient principiellement toutes les imperfections comme possibilités. Ainsi, la solution guénonienne au dilemme « Si Dieu est parfait, pourquoi le mal ? » ne le résout pas véritablement, elle se borne surtout à distinguer l’ordre de la manifestation de celui du Principe. Le concept mystérieux de Démiurge apparaît finalement comme l’équivalent du mythe de la Chute : il ne sert qu’à autoriser et justifier l’existence du mal à partir d’une prétendue perfection originelle, sans que l’origine même de cette rupture ou de cette « chute » ne soit véritablement élucidée. Pour moi, le mythe de la Chute exprime simplement l’idée que, pour être ou exister, il faut renoncer à son infinité (ce qui exprime le fait que la nullité s’oppose à l’infini, et que le Tout infini est sans existence effective).
En fait, le dilemme du mal est secondaire, et même trompeur : même un monde sans souffrance resterait inexplicable depuis un Principe positif. La difficulté métaphysique première réside dans le fait que partir de la positivité pour expliquer l’existence ne répond à aucune question. Seul le caractère d’absence propre au néant permet de rendre raison de l’existence, car l’impossibilité effective du néant, qui ne peut exister sans se nier lui-même, suffit à expliquer l’existence. Ainsi, dans le système hatémien, la théodicée disparaît dès lors que le néant est par nature inaccessible à toute manifestation. Guénon dirait certes que la logique est incapable d’atteindre le Principe, mais si la logique ne s’applique pas au Principe, alors aucun discours sur le Principe n’est légitime, y compris l’affirmation que celui-ci est une réalité positive, ou qu’il est la source de la manifestation. Bien sûr, vous êtes libre de choisir comme point de départ métaphysique une autorité dont vous ignorez tout. Cette voie respectable peut elle aussi conduire à certains résultats, mais elle relève davantage de la foi « aveugle » ou, au mieux, du savoir intuitif.
RépondreSupprimerIl y a du reste une certaine ironie à ce que Guénon, qui récuse tout discours rationnel sur le Principe, érige néanmoins l’Advaita Vedanta de Shankara comme la voie métaphysiquement la plus pure et la plus universelle (il discrédite la raison discursive, mais s’autorise quand même à hiérarchiser les doctrines et définir la plus orthodoxe). L’hindouisme est sans doute la tradition offrant la plus grande diversité de systèmes métaphysiques, parfois contradictoires entre eux, mais tous dérivés des mêmes textes sources. On peut donc donner à ces textes l’interprétation que l’on souhaite.
Pour Hatem, le principe d’infinité ne peut être traité comme un objet effectif ; il n’est donc pas l’origine, mais seulement une nécessité ou un but. Prêter une valeur positive à l’infini n’est qu’une spéculation supplémentaire visant à préserver au Principe sa transcendance et à esquiver la tentation du panthéisme. D’ailleurs, parler de « non-dualité » plutôt que d’unité, c’est reconnaître tacitement qu’on ne peut pas poser un « Un » positif sans retomber dans une contradiction (ce que Guénon n’hésite pourtant pas à faire).
Guénon ne dispose pas d’arguments métaphysiques suffisamment solides pour rendre compte de l’immense problème que pose l’existence et pour justifier qu’un Principe indéterminé détermine tout. Il a tenté de rationaliser sa doctrine métaphysique sans y parvenir, car les questions sur le mystère de l’existence demeurent. Par ailleurs, chez Guénon, le « zéro métaphysique » (le Non-Être) et l’infini ne sont pas opposés ni en tension (même s’ils sont hiérarchisés puisque l’infini transcende le Non-Être), c’est-à-dire que le zéro métaphysique guénonien est une positivité incluse dans une positivité plus grande (celle de l’infini) : aucune nécessité interne ne contraint quoi que ce soit à exister. Dans la logique hatémienne, zéro et infini (ou nullité et infinité) ne peuvent pas coïncider, sinon il n’y aurait ni conscience ni monde ni rien de nécessaire, ce serait le néant effectif. Autrement dit, le système guénonien, puisque zéro métaphysique et infini sont tous deux « plénitude principielle », ne répond pas au problème central de toute métaphysique : Pourquoi l’infini, étant plénitude totale, engendrerait-il le fini ? Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?
RépondreSupprimerDe plus, l’association du « Principe transcendant » et du « Principe contenant-universel de la Possibilité universelle » me semble métaphysiquement contradictoire ou difficile à tenir. S’il y a totalité sans délimitation, c’est qu’il s’agit nécessairement d’une totalité au sens privatif et négatif, non d’un contenant universel positif.
La perspective hatémienne affirme quant à elle que c’est de la dualité que naît la lumière de la conscience, comme l’illustre d’ailleurs symboliquement l’éclair lumineux observé lors de la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde (phénomène observé pour la première fois chez l’humain en 2016). Le but n’est donc pas de fuir l’incarnation ou la dualité, mais d’y faire advenir quelque chose de nouveau, plus lumineux, ou plus proche de l’infini. Car pour tendre vers l’infini, il faut déjà s’y opposer : l’être manifesté a besoin d’un corps, c’est-à-dire d’une opposition effective à l’infini, pour que ce mouvement existe ; c’est cette opposition elle-même qui constitue la « lumière » de la conscience, distincte de la recherche d’infinité qui l’anime.
« La "Lumière", c’est le fait d’être conscient. » (Frank Hatem)
Chez Guénon, en revanche, la dualité se résume à un obstacle à surmonter : la réalisation ressemble à une sortie radicale du monde vers le Principe, en ce sens que la finalité, pour lui, est essentiellement la réintégration au Principe transcendant, et non la valorisation de l’individu ou du monde en tant que tels. Autrement dit, l’individu se transforme non pour lui-même, mais en vue de sa réintégration dans un Principe qui le dépasse et l’absorbe. Or si le but absolu est atteignable et défini comme dépassement de toute dualité, alors soi et le monde n’ont pas de valeur métaphysique propre. Il ne peut y avoir de véritable considération pour soi et pour les autres si ceux-ci sont réduits à n’être que des étapes vers un but qui les dépasse et les efface (le néant, lui, ne saurait constituer un but pour l’être, puisqu’il est impossible à réaliser effectivement). De plus, si le Principe est accessible, la liberté se trouve orientée vers une finalité imposée ; s’il est inaccessible, elle cesse d’être subordonnée à toute finalité absolue (la nécessité du néant est le moteur, non la destination). C’est précisément ce qui en fait tout l’intérêt (le futur nous tire en avant, mais il reste libre). La liberté n’est ainsi pas l’absence de toute nécessité, c’est l’absence de toute finalité imposée, de sorte qu’aucune valeur n’est donnée a priori par un Principe transcendant.
RépondreSupprimerBonjour Mercury,
SupprimerJe vais répondre de manière générale, à défaut de pouvoir en faire un texte approprié pour le moment, notamment par manque de temps. Je te remercie au passage pour ces échanges qui restent très stimulants pour nos visions respectives. Je reste disponible sur le discord du blog pour échanger plus directement.
→ https://discord.gg/KuWrRFGd6w
D'abord, voici les réponses aux premières questions posées :
→ La conscience n'est qu'un aspect de l'Esprit, pas sa totalité, au même titre que la conscience humaine n'est qu'un aspect de l'état humain, pas sa totalité. Tout ce qui relève de la conscience est loin, très loin d'être tout, et dépasse même rarement l'état psychique individuel, qui en est le corollaire. Je vous laisse imaginer par conséquent la moindre portée de la citation d'Hatem qui indique que « La "Lumière", c’est le fait d’être conscient. ».
→ Le Tout infini possède une réalité positive à l'égard des réalités secondaires uniquement, pas à l'égard de lui-même. Il est le suprême positif pour toute chose manifestée, mais n'a aucune positivité lui-même en tant que tel. Le néant par contre ne peut pas être un suprême positif à l'égard de quoi que ce soit, étant néant, il n'est rien : ni principe, ni origine, ni but, ni nécessité, ni rien du tout.
→ Pour qu'une chose existe, elle doit être déterminée par rapport à autre chose oui, mais elle doit aussi et surtout être contenue dans quelque chose qui inclue sa possibilité d'existence entièrement, aussi bien à elle qu'à cette autre chose qui la détermine. Le Principe, pour contenir tout champ d'existence et toute détermination possible, doit lui-même n'appartenir à aucun champ d'existence ni à aucune détermination particulière, tout en les contenant en puissance, sans quoi ceux-là n'auraient aucune manifestation possible. Le néant, à l'inverse, ne possède rien, étant néant, il ne peut rien contenir ni produire. De même, le fini ne peut qu'être contenu dans l'infini et en épouser la forme virtuellement "contenante", d'où il résulte que nous sommes bien faits "à son image".
→ Le Tout appartient à l'infini et est l'infini. C'est "votre esprit" qui fait la distinction entre le fini et l'infini, comme l'oeil sépare la lumière en de multiples couleurs sans que rien ne soit pourtant jamais retiré ni ajouté à la lumière, et sans que la qualité de lumière inhérente aux couleurs ne soit non plus supprimée. La lumière s'en retrouve-t-elle scindée d'une quelconque manière indépassable à cause des couleurs qu'elle contient ? Non. Et que dire de couleurs qui "évolueraient" par "nécessité de l'impossibilité de la lumière" ? Ca n'a aucun sens et contredit formellement la croyance évolutionniste qui n'est pas admise en métaphysique.
Les finis contenus dans l'infini ne doivent pas être vus non plus comme des objets extérieurs qui pourraient le limiter, le conditionner ou lui faire obstacle d'une quelconque manière, ni même comme des "parties" en quelque sorte scindées de lui-même, puisqu'il ne dépend pas de ses productions ni de son contenu, comme le Soleil rayonne sans dépendre de la multitude de ses rayons et de ce qu'il projette. C'est à cause de sa nature rayonnante, débordante, "possibilisante" si l'on veut qu'il y a "quelque chose", des "rayons d'être" qui résultent de son infinie possibilité jaillissante, plutôt que "rien". Maya, avant d'être illusion contingente, est avant tout expression.
SupprimerJe pense sinon avoir bien compris votre façon de considérer le néant, mais ça ne change pas le fait que le néant soit impossible, il ne peut pas avoir de fonction logique ni de nécessité par nature. La méprise provient principalement du fait que vous associez l'aspect indéfinissable du principe à la nullité. Cette nullité est vraie à l'égard du champ manifesté déterminé, mais à son égard seulement. C'est pourquoi votre perspective convient tant qu'elle reste limitée à cet ordre là, au-delà de quoi elle ne peut plus s'appliquer (d'où le néant qui s'applique pour vous à tout ce qui n'appartient pas à cet ordre).
Pour ce qui est de la manifestation, il n'a jamais été dit que l'infini créait quoi que ce soit, la religion l'indique, certes, mais c'est parce qu'elle appartient à un ordre cyclique déterminé dont le début est considéré comme création et la fin comme une fin des temps liée au cycle. Toute création, même humaine, est démiurgique et ne saurait qu'appartenir à un ordre relatif. Le Dieu des religions est démiurgique, il possède donc lui aussi une certaine relativité à l'égard du principe infini.
Le "changement d'état" du Principe manifestable marque un passage de la puissance à l'acte, du virtuel à l'effectif, de la lumière aux couleurs, le l'éther aux quatre éléments, chacun demeurant dans son ordre propre sans jamais que le premier ne soit influencé par le second, bien que le second ne puisse tirer sa toute sa réalité que du premier, n'en étant pas réellement séparé.
Ensuite, concernant la dualité, elle est issue de la relation parent-enfant qu'on retrouve entre la cause originelle et les causes secondaires, entre l'actif et le passif, le non-manifesté et le manifesté. C'est l'actif (purusha, l'essence) qui pénètre le passif (prakriti, la substance) afin qu'elle lui donne forme et lui serve de support d'expression (Maya). Ce sont deux aspects primordiaux du Principe. Ensemble ils forment l'enfant, l'existence, sachant que notre état humain actuel n'en est qu'une version corporelle terrestre parmi une multitude d'autres états issus de la même chose. Cet assemblage, pourrait-on dire, permet effectivement à l'inconscient (au sens d'au-delà de toute conscience effective) de "prendre forme" en générant une conscience individuelle adaptée à la forme correspondante, forme et conscience n'étant pas séparée (bien que la conscience n'appartienne pas à l'espace, elle possède tout de même une forme en elle-même), d'où il résulte que toute mort ou changement de forme implique un changement d'état de conscience correspondant. Mais il ne faudrait pas voir la conscience originelle unique comme la production première, car elle n'est qu'un aspect particulier de la modalité individuelle, qui elle-même s'étend bien au-delà du seul champ d'action de la conscience. Il suffit de citer les minéraux à ce propos, qui ne possèdent pas de conscience comme on l'entend habituellement, et qui pourtant sont les plus proches de la fixité primordiale.
SupprimerTout ce qui appartient au perpétuel mouvement du "courant des formes" appartient à l'ordre limité et ne peut par conséquent être fixe, la pure fixation ne pouvant être que sans forme et sans objet. Même les minéraux bougent avec le temps, passivement bien sûr, ce n'est pas une action de leur part, mais leur forme ne peut être considérée comme réellement fixe, ainsi vivent-ils aussi la mort et renaissance perpétuelle en passant d'une forme à l'autre, analogiquement, mais sans changement de conscience correspondante puisque, jusqu'à preuve du contraire, ils en paraissent plutôt dénués, du moins tel que nous entendons habituellement le terme de conscience. Doit-on en conclure qu'ils n'appartiennent d'aucune manière à la réalité suprême, ni à la lumière dans la mesure où celle-ci serait "le fait d'être conscient" et qu'ils ne sont donc aux aussi qu'un pur néant ?
Enfin, l'infini ne peut être que l'origine et la fin dernière de toute existence (ou de toute conscience si vous préférez), c'est à l'infini qu'on retourne après avoir accompli notre voyage dans le courant des possibilités particulières puisque, en perdant l'entièreté de notre forme, nous ne pouvons plus que coïncider avec le sans forme, l'infini, que nous avons toujours été in principio et serons toujours puisque, précisément, nous n'avons jamais de forme définitive, conformément à notre nature informelle. L'âme, par l'extinction du champ des sensations, ne peut que "retourner à Dieu qui l'a donnée", là où demeure la plénitude effective de toute chose et leur origine.
SupprimerAtteindre la source de toute possibilité par la négation de ses possibilités contingentes, c'est bien là le travail accompli par les sages au fil des âges, qui ne cherchèrent pas à se développer illusoirement dans la périphérie extérieure de la roue du monde, qui de toute façon finit tôt ou tard par les annihiler entièrement (l'aspect destructeur de Shiva), le domaine du changement étant celui par excellence de la mort et des renaissances perpétuelles (samsara, passage d'une forme à une autre, transformation, transmigration d'état à un autre et non réincarnation terrestre ou retour à un état antérieur déjà traversé). Non, le sage vise bien plutôt à retourner au moyeu de la roue, centre de projection du manifesté où le temps ne s'écoule pas et où réside toute la réalité entièrement contenue dans sa plus pure origine, sans distinction véritable, dans une fixité immuable sans quoi l'ensemble du muable et du changement ne pourrait perdurer un seul instant.
Sinon, je ne reviens pas sur le fait que la liberté d'acte des êtres n'est possible que par leur appartenance à la suprême liberté de l'infini, bien que la liberté individuelle, étant limitée par sa forme propre, comme c'est le cas de la conscience d'ailleurs, ne puisse se déployer que dans les limites strictes inhérentes à son état particulier.
Metaphi
Merci pour cette réponse et pour votre constance dans cet échange, que je trouve moi aussi stimulant, même si nos positions restent éloignées.
RépondreSupprimerJe dois cependant constater que nous ne raisonnons pas depuis le même point de départ. Vous posez un Principe positif dont vous affirmez la réalité ontologique comme prémisse, et tout le reste s’en déduit avec cohérence. Ma démarche est différente : je tente de déduire logiquement pourquoi quelque chose existe, sans poser au départ aucune réalité positive non justifiée. Ce n’est pas la même entreprise, et c’est sans doute pourquoi nous échangeons sans vraiment nous répondre.
Par exemple, vous me répondez que le néant ne peut avoir de fonction logique « par nature », mais c’est précisément ce que je remets en question, et vous l’affirmez sans le démontrer.
Je ne cherche pas à vous convaincre, et je pense que vous aussi. Mais il me semble juste de noter que c’est toujours à celui qui affirme une réalité positive de la justifier, pas à celui qui s’en abstient.
J’ai tenté, de mon côté, de comprendre la position guénonienne avant de la critiquer. Je regrette que la réciproque n’ait pas eu lieu pour ce qui est de la doctrine d’Hatem, mais je comprends que cela demande du temps et un certain type d’intérêt. Ceux qui liront cet échange pourront en juger librement.
Bonne continuation donc dans vos recherches, et peut-être reviendrez-vous un jour à la question métaphysique fondamentale : pourquoi quelque chose plutôt que rien ?